Kodjo Ayetan : « Il est fondamental que les femmes jouissent du droit à la terre et à la succession »

                                  Interview réalisée par Alphonse Ken

A l’occasion de la Journée internationale de la femme rurale, le 15 octobre 2011, vous avez publié un message fort tiré du thème « Revendiquez vos droits à la terre et à la succession ».

Kodjo Ayetan, président de CDI (Togo)

En effet, nous avons publié un communiqué à l’occasion dela Journéeinternationale de la femme rurale pour que les femmes, où qu’elles soient, puissent avoir droit à la terre, mais aussi pour qu’en matière de succession, elles puissent jouir de leur droit à la succession. Lorsque ces droits sont préservés, les femmes, veuves ou orphelines, peuvent disposer d’un minimum de moyen pour se prendre en charge et subvenir aux besoins des orphelins en cas du décès du mari. Elles doivent pouvoir jouir de ces droits, au même titre que les garçons ou les hommes.

Mais, est-ce que ce problème existe encore dans nos contrées, par exemple au Togo ?

Oui. C’est probant et tout le monde peut le confirmer. En effet dans les familles, quand un mari décède, souvent dans le partage des biens du défunt, on prend en compte uniquement les hommes issus des conjoints ou du foyer concerné, au détriment des femmes. Peut-être ce choix s’explique-t-il par le fait qu’on a un régime patriarcal dans nos communautés. Patriarcal dans ce cens que c’est le garçon qui hérite des biens du papa. Cette situation est plus avérée en milieu rural, où les femmes ne sont pas prises en compte dans le partage de l’héritage. Pourtant, ce sont elles qui travaillent beaucoup plus la terre, avec dévouement. Finalement, elles travaillent sur des terres dont elles ne sont et ne seront peut-être jamais propriétaires. Ce qui constitue une entrave, du moins une limite à la productivité.

Vous relevez dans votre communiqué que 75% du travail agricole aujourd’hui est effectué par les femmes. Comment cela s’explique, que ce soit les femmes qui cultivent plus la terre que les hommes ?

Oui, c’est un peu paradoxal quand l’on sait que le travail de la terre est la plupart du temps très physique. On pense donc que ce sont les hommes qui doivent s’adonner beaucoup plus à l’agriculture. Mais au contraire, la femme est plus présente aux travaux agricoles. Elle est là pour défricher, pour sarcler, pour semer, et surtout pour récolter. Au-delà de la production agricole, la femme est surtout un maillon incontournable pour la commercialisation des produits récoltés. Il est donc bien évident que les femmes sont plus présentes pour le travail de la terre, du moins en ce qui est de l’agriculture. Au Togo par exemple, nous savons que les femmes sont majoritaires et représentent environ 52 à 55 % de la population de notre pays…

« La sécurité alimentaire dépend de l’égalité d’accès des femmes aux terres et aux ressources naturelles. Et le droit à la terre et à la succession est un droit humain internationalement reconnu. » Est-ce que cet extrait de votre communiqué n’est pas en déphasage avec le fait que l’on encourage davantage les femmes à aller à l’école, alors que vous les encouragez à travailler la terre ?

Il n’y aucun paradoxe. Car les femmes peuvent bien aller à l’école, s’instruire, et en même savoir mieux travailler la terre. Et il n’est pas dit que c’est parce qu’on n’a pas été à l’école qu’on peut ou qu’on doit travailler la terre. Les femmes avec leur volonté et disponibilité à s’adonner aux travaux champêtres, je crois qu’elles réussiront davantage dans ce secteur d’activité si elles vont à l’école. De plus, elles pourront mieux gérer le fruit de leur travail.

C’est un devoir pour la communauté humaine, les institutions étatiques et régionales, notamment les communautés à la base, de faire des recherches pour découvrir les raisons de la discrimination des femmes en matière du droit d’accès à la terre et à la succession en vue d’y remédier. D’autres part, non seulement on doit encourager les femmes à aller à l’école, autant que les hommes – ce qui se fait de plus en plus dans nos pays – mais on doit surtout les outiller à jouir du fruit de cette éducation scolaire et des différentes formations auxquelles elles ont accès. Et c’est pour cela qu’il est fondamental de leur donner accès à la terre afin que s’accroisse la productivité agricole et aussi la mise en valeur des autres biens composant l’héritage en matière de succession. Elles pourront alors mieux se prendre en charge, de même que subvenir aux besoins de leurs enfants, surtout en ce qui concerne les veuves.

C’est justement dans ce sens que l’association Communication et Développement Intégral a lancé un appel le 15 octobre. Alors, quel doit être l’apport des gouvernements pour donner aux femmes le droit d’accès à la terre et à la succession ?

Nous savons que le gouvernement Togolais, et bien d’autres gouvernements, œuvre à l’équité du genre, notamment en matière des droits humains parmi lesquels le droit à la terre et à la succession. Mais c’est le lieu de les interpeller à faire davantage d’efforts dans ce sens, par exemple en commanditant des recherches scientifiques (sociologiques, anthropologiques, etc.) pour comprendre ce phénomène et y apporter des solutions. Par exemple dans nos coutumes, du moins dans les habitudes en milieu rural, les femmes n’ont pas droit à la succession. Au pire, on retire tout à la femme et on la renvoie parfois même de la maison. Il important que l’on sache pourquoi ces comportements sont-ils courants ? Et quand on connaîtra les raisons, on pourra corriger cette situation. Ce sera une contribution importante à la lutte contre la pauvreté, du moment où les femmes peuvent mieux subvenir ou contribuer aux charges du foyer, notamment dans la prise en charge des enfants, de leur éducation, etc. Dans cette lancée, le gouvernement peut les appuyer dans ce processus vers un développement humain durable. Les gouvernements, que nous encourageons à intervenir dans le sens d’une amélioration des conditions de vie des populations, pourront ainsi bénéficier de l’accompagnement des partenaires techniques et financiers.

C’est donc un rappel aux gouvernements de la prise en compte de l’équité genre. Alors, Monsieur le président, parlez-nous un peu de l’association Communication et Développement Intégral (CDI).

Communication et Développement et Développement Intégral (CDI) est une association à but non lucratif, autrement dit une organisation de la société civile créée le 24 janvier 2010 à Lomé. Elle a pour but de promouvoir le développement à travers la communication. Il s’agit surtout d’apporter l’information aux populations jusque dans les régions les plus reculées afin d’éveiller à la prise de conscience de l’importante de chaque homme et de chaque femme dans le processus du développement. CDI entend également sensibiliser les populations urbaines et rurales au changement de comportements sociaux dans nos villes et villages. Il y a en effet, des comportements anti-développement qu’il faudra exhorter les gens à corriger afin de baliser la voie au développement. Comme actions, l’association Communication et Développement Intégral dispose de différents projets parmi lesquels la création du Centre Ilérama sis au quartier Dzifa-Kopta à Lomé qui comporte une bibliothèque dont l’un des objectifs est de contribuer à éveiller chez les enfants et les jeunes l’amour de la lecture et de  contribuer à l’amélioration des formations qu’ils reçoivent dans les écoles et collèges. De même, cette bibliothèque est ouverte aux étudiants et adultes soucieux de faire des recherches en matière de communication et de développement ou dans d’autres secteurs d’activités comme l’environnement, les technologies nouvelles, la santé, etc. D’autre part, le Centre Ilérama est un centre d’éducation aux médias qui organise des séances de formation à lecture des médias, des séances de projections de films suivies de débat dans un cadre propice au cinéclub.

                                           Interview réalisée par Alphonse Ken

                                         Publiée sur Radio Kanal Fm (Lomé) le lundi 17 octobre 2011

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s